A l'école d'Ondes, Des représailles odorantes !

Evènement conté et tiré du livre de Christian JALADIEU
Serait-ce à l'école régionale d'agriculture d'Ondes ?
La victime Mr Ronchon, restera protégée...


 
Représailles
 
 
Cette histoire, oh combien ubuesque, s’est déroulée dans un établissement que je ne nommerais pas ici, et fit une victime, que nous appellerons Monsieur Ronchon pour préserver son anonymat.
Monsieur Ronchon, chef de pratique agricole, avait mauvaise réputation auprès des élèves. Tatillon, grincheux, il exigeait souvent plus que ne pouvait faire un adolescent de seize ou dix sept ans. Ses collègues le lui reprochaient parfois, lui faisant remarquer que les élèves étaient là pour apprendre et ne pouvaient avoir les compétences, le savoir d’un ouvrier agricole. Rien n’y faisait. Il pensait sans doute asseoir son autorité par cette façon d’exiger des élèves qu’ils soient capables de tout faire correctement. Il était vite devenu la bête noire des élèves de première année.
A la moindre erreur, ignorance ou simplement étourderie c’était des heures de colle qui tombaient. Heures de retenue du Jeudi après midi ou plus grave encore du Dimanche après midi.
Cela voulait dire pour les malheureux pensionnaires, être privés de sortie tout un week-end.
Comme il logeait sur l’établissement, c’est encore lui qui « encadrait » les collés dans des taches allant du curage des fossés à la vidange de la fosse à purin avec un seau à vendange.
Il lui arrivait même, au cours d’une colle, de distribuer des heures supplémentaires pour le dimanche suivant.
Il va sans dire qu’il était redouté mais surtout haï par les élèves et particulièrement par deux « têtes brûlées » qui régulièrement se faisaient épingler par notre homme et passaient leur dimanche plus souvent à l’école que chez eux.
A force d’être punis, injustement selon eux, leur rancœur s’accumulait. Ils décidèrent qu’il était temps de se venger.
Ce dimanche là, ils avaient vidangé pour la énième fois la fosse à lisier de la porcherie avec des seaux et une brouette de cantonnier.
Je ne dis pas ici, l’odeur qu’ils dégageaient encore le lundi matin (à cette époque les élèves n’avaient droit qu’à une seule douche par semaine : le samedi matin !!).
Excédés par tant d’injustice, nos deux compères mirent au point un plan machiavélique.
Dans un premier temps ils s’en allèrent quérir deux longues perches en bambou, de cinq mètres environ. A l’extrémité de la première ils fixèrent un gros galet de Garonne et sur la seconde une grosse serpillère empruntée au service de ménage.
Dans un seau à vendange ils mirent à macérer du purin de porc et des bouses de vache fraiches. Tout ce beau matériel étant planqué dans un coin sûr, connu d’eux seulement.
Ils patientèrent quelques temps attendant de pouvoir bénéficier d’une nuit sans lune, noire à souhait.
Le moment propice tant attendu arriva enfin. Deux heures du matin, nos deux lascars, vêtus de noir, se faufilent hors du dortoir et vont récupérer leur matériel.
A pas de loup ils se dirigent vers le logement de Ronchon.
Ce dernier, logé par nécessité de service, disposait d’un logement attenant aux bâtiments de ferme. 
Ce logement comprenait une cuisine et un bureau au rez-de-chaussée et deux chambres en façade au premier étage.
Sans savoir où pouvait bien dormir le père Ronchon, le premier de nos deux vengeurs se saisit de la perche munie du gros cailloux et à petits coups réguliers cogne sur les volets de la première chambre.
Toc…Toc…Toc. …
Rien
Nos deux compères s’interrogent du regard, « passons à la deuxième chambre ».
Toc…Toc….Toc…
Une lumière filtre sous les volets.
Toc…Toc….Toc…..
- Qui est là ? murmure une voix endormie.
Toc…Toc…Toc…
Grincement de l’espagnolette ; les volets s’entrouvrent et la face furibonde de monsieur Ronchon apparaît dans l’encadrement.
Il n’a pas le temps de se retirer, une serpillère dégoulinante de purin lui arrive en pleine figure.
- Flic à l’aller !
- Floc au retour !
Attachée au bout de la deuxième perche la serpillère qui a bien trempé dans le seau de purin et de bouses, maniée de main de maître par le deuxième élève vient de le réveiller.
Cavalcade, le matériel du délit abandonné sur place, ni vu, ni connu, les coupables disparaissent dans la nuit.
Ronchon s’étouffe, éructe, tombe à la renverse.
Il est bien entendu que personne ne dit mot de cette aventure dans l’établissement, la victime ne se plaignit point, les auteurs ne s’en vantèrent pas.
Ce n’est que vingt ans plus tard au cours d’un repas d’anciens élèves, bien arrosé, que l’histoire me fût contée par l’un des protagonistes.
 
Christian JALADIEU (65 ème promotion)


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