Hector MAIS, un professeur d'agriculture et de zootechnie - tout ancien ondin s'en souvient !

Hector Maïs

Histoire vécue à l'école régionale d'agriculture d'Ondes

et tirée du livre de Christian JALADIEU

 

Hector Maïs, professeur d’agriculture et de zootechnie à l'Ecole Régionale d'Agriculture, un nom pareil ça ne s’invente pas.

 

Comme bon nombre d’étudiants de ma génération je fus son élève dans les années cinquante à l'École Régionale d’Agriculture de Ondes. Personnage hors du commun, il a su nous communiquer cet amour de la terre, du travail bien fait et surtout le respect des autres.

 

Du respect, on ne peut pas dire que nous en avions dans ses cours durant la première année.

Je me dois de préciser que lorsque je l’ai connu il approchait la soixantaine. Petit, un mètre soixante tout au plus, râblé et un peu rondouillard avec ses quatre vingt dix kilos, il prêtait à sourire par son aspect.

Coiffé d’un vrai béret basque, il arrivait à l’école chevauchant une invraisemblable bicyclette à guidon « à la papa » comme on disait à l’époque. Cette bicyclette d’un modèle d’avant guerre (celle de 1914 bien sûr) était d’une taille démesurée et avait été achetée directement en Hollande aux dires de certains.

Trop petit pour poser les pieds à terre, il descendait en sautant littéralement en voltige de sa machine. Le spectacle pour nous, c’était surtout lorsqu’il repartait de l’établissement à la fin de ses cours.

Après avoir méticuleusement ficelé sa volumineuse serviette sur le porte bagage de son vélo, il prenait le temps de fixer au bas de son pantalon deux pinces qui lui faisaient des sortes de molletières, puis il s’emparait du guidon. Il s’élançait alors dans une course au côté de son engin et, lorsqu’il jugeait que la vitesse était suffisante (au bout d’une dizaine de mètres environ), prenant appui sur la pédale, d’un geste vif, il envoyait sa deuxième jambe par dessus le cadre. Il partait alors, bien droit sur sa selle, d’un coup de pédale rageur sous les vivats des élèves.

Il faut dire qu’il avait de beaux restes le « père Maïs ». Ancien demi de mêlée de l’Aviron Bayonnais, passionné de rugby il passait ses jeudi et ses dimanches à entraîner et à suivre dans ses déplacements l’équipe de rugby de l’école.

Il fallait le voir lors des matches, courir le long de la touche en hurlant ses conseils de sa voix nasillarde :

«  Courez , courez, courez…. »

« Plaquez aux cuisses, plaquez aux cuisses ».

Qui devenait pour les joueurs sur le terrain :

« Couiré, couirré, couiré…

« Plaké zo couisses, plaké zo couisses ».

 

Et ce, pour la grande joie des supporters dans les tribunes.

 

Il fut en outre à l’origine de tournées rugbystiques mémorables à l’étranger  : Tunisie, Maroc, Espagne entre autre. J’ai pour ma part participé à celle d’Espagne avec hymnes nationaux dans le grand stade de Barcelone, Hector Maïs hurlant la Marseillaise à plein poumons.  Des images qui marquent pour la vie les adolescents que nous étions.

 

Particularité de notre personnage il était sourd, sourd comme un pot.

 

Engagé volontaire à 18 ans durant la guerre de 1914, il avait servi dans l’aviation. Abattu sur le front, il dut son salut à une meule de foin sur laquelle il chuta sans parachute (ça aussi ça ne s’invente pas). Grièvement blessé il eut en plus un éclatement des tympans. Réformé, il reprit ses études, en copiant les cours sur un camarade. Il se permit le luxe de réussir à la première place le concours d’entrée à Polytechnique et à l'École Supérieure d’Agronomie.

Son camarade n’étant admis qu’à l’Agronomie il le suivit donc et se retrouva Ingénieur d’Agronomie chargé de cours d’Agriculture, de Zootechnie et de Chimie en École Régionale d’Agriculture.

 

Son handicap ne l’empêcha point d’être toujours à l’avant garde des techniques nouvelles.

Il arrivait bien sûr à suivre une conversation à condition que la personne qui parlait avec lui, lui fasse face et parle suffisamment fort. Cependant il était fortement handicapé dans une classe lorsque l’ensemble des élèves chuchotaient dans son dos et il était obligé de réclamer en permanence le silence.

 

« Silence…Taisez-vous !! »

Ces mots résonnent encore dans ma tête lorsque j’évoque ses cours.

 

Ses cours, un modèle du genre dont je me suis largement inspiré au cours de ma carrière et dont je garde précieusement les originaux. Mais à l’époque les potaches que nous étions ne pensaient qu’à profiter de son handicap et rire sous cape à ses dépens.

Une des « plaisanteries » les plus prisées consistait à lever le doigt dès le début du cours pour attirer son attention.

-  Monsieur ! Monsieur ! je peux aller b…… Jeanne ?  (sa fille s’appelait Jeanne )

-  Oui, mais faites vite ! 

Et toute la classe pouffait de rire.

 

J’ai souvenance d’une séance ou trois camarades avaient demandé de pouvoir aller b……. Jeanne et devant une quatrième main levée notre brave Hector s’était écrié :

- Ah non, çà suffit pour aujourd’hui, il y en a déjà trois ! 

 Hilarité générale .

 

Malgré ses vociférations pour réclamer le silence, rien ne put arrêter nos rires, il quitta donc la salle de classe nous laissant à notre stupidité.

Mais le plus cocasse, était le déroulement des interrogations écrites. Dès le sujet donné, le silence s’établissait dans la classe. Silence on ne peut plus religieux pour pouvoir entendre celui qui, le livre ouvert sur les genoux, dictait à voix basse les réponses pour la classe entière. Il va sans dire que notre professeur était content de notre travail d’ensemble  : les notes s’échelonnaient de 14,25 à 19,75 suivant…l’écriture et la présentation !

 

Monsieur Maïs voyageait beaucoup, s’informait et se formait en permanence. Un de ces séminaires l’entraîna aux États-Unis. Il en rapportera beaucoup de choses, des images bien sûr, mais aussi de la documentation technique, des idées nouvelles sur l’agriculture et…un appareil qui va révolutionner sa vie : un « audiophone ».

C’était une sorte de petit boîtier, relié par un fil à une oreillette et muni d’un bouton de réglage de la fréquence.

Cet appareil qu’il avait en permanence dans sa poche poitrine lui permettait de suivre une conversation. Il pouvait donc interroger les élèves et entendre - enfin ! - leurs réponses. Par contre, suivant l’intensité des voix, il devait régler, très souvent, le volume de son appareil.

Ainsi, il avait toujours une main fixée sur le bouton de réglage de son boîtier.

Très vite les élèves surent s’adapter à ce nouvel appareil et se faisaient un malin plaisir lorsqu’ils étaient interrogés de murmurer puis de hurler dans une même phrase, afin d’obliger le pauvre homme à changer ses réglages.

Encore une fois, c’est lors des interrogations écrites que nous nous amusions le plus. Une fois le sujet distribué, partant du fond de la classe, un sifflement discret se faisait entendre : bzz, bzz, bzz…

Tous les élèves, tête penchée, ne semblaient s’intéresser qu’à leur devoir.

 

Agissant sur le bouton de réglage tout en se déplaçant entre les rangées, Hector prenait une mine soucieuse…surtout quand il arrivait au fond de la classe. Là, le « bzz, bzz » s’arrêtait …pour reprendre à l’autre bout de la salle. Il repartait alors vers son estrade, et c’est du fond que revenait le « bzz, bzz ».

Ce manège pouvait parfois durer dix bonnes minutes mais il se terminait toujours de la même manière. Excédé, rouge de colère, notre pauvre professeur arrachait son oreillette et jetait son appareil sur le bureau en pestant contre ces techniques nouvelles qui ne fonctionnaient pas lorsqu’on avait besoin d’elles.

A partir de cet instant, le travail des élèves pouvait commencer. Le (ou les lecteurs) dictait à la classe studieuse les réponses à l’interrogation. Il faut cependant dire que si ces pratiques de potache étaient courantes en première année, elles étaient rares en deuxième année et totalement inexistantes en troisième année.

En effet, les étudiants que nous étions se rendaient vite compte de la qualité des cours de ce professeur, de son charisme, de son dévouement, et de la passion qu’il avait pour son métier.

 

A cette époque là, nous buvions ses cours dans un silence religieux. Qui ne se souvient pas de Maïs se battant avec la craie pour couvrir le tableau de formules développées en chimie organique : les saccharose , maltose, lévulose, etc… n’avaient plus de secrets pour nous, tout comme les Lois de Mendel et ses tableaux de croisements.

 

Avant de conclure cette histoire de Monsieur Maïs, une anecdote me revient. Lors d’un cours, alors que nous étions en troisième année, un tracteur passa (un Société Française) devant notre salle de cours faisant vibrer les fenêtres. Monsieur Maïs, habitué aux plaisanteries de la classe, pensa que le phénomène avait été provoqué par ses élèves. Sans donner d’autres explications, il jeta son audiophone sur le bureau et partit en claquant la porte se réfugier dans son laboratoire. Il fallut que le président de la promo aille s’excuser et lui expliquer les véritables raisons de ces vibrations pour qu’il accepte de revenir terminer son cours.

 

Pour ma part, ce n’est que lorsque je me suis retrouvé de l’autre côté de la barrière, seul face à une bande d’énergumènes rigolards, que j’ai compris tout le mérite que cet homme avait eu pour nous transmettre ses connaissances et sa passion de la vie tout simplement.

Christian JALADIEU (65 ème promotion)



Les réactions

Avatar Pierre Bessoles

bravo que de bons souvenirs sont évoqués ici
merci à toi

Le 01-02-2022 à 13:41:17

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