Amicale des Anciens élèves des écoles d'Ondes et de Toulouse-Auzeville
Notre prochaine réunion aura lieu à AUZEVILLE le SAMEDI 10 OCTOBRE 2026 - RETENEZ cette date !
Histoire vraie selon Christian JALADIEU et tiré de son livre
Cela s'est passé à l'école régionale d'agriculture d'Ondes
Les vaches enculottées

S’il y a une chose qui m’a toujours étonné tout au long de ma carrière de fonctionnaire du Ministère de l’Agriculture, c’est l’imagination, souvent délirante, de notre hiérarchie pour les innovations. Je ne veux pas parler ici des réformes plus ou moins contradictoires qui se sont succédées, pas plus que des divers diplômes agricoles qui ont été délivrés au cours de ces cinquante dernières années.
Petit exemple :
diplôme des Écoles d’Agriculture d’Hiver, diplôme des Cours Post-scolaires Agricoles, Brevet d’Apprentissage Agricole (ancien et nouveau régime), Brevet Professionnel Agricole (ancien et nouveau régime), Brevet d'Études Agricoles, Brevet Technique Agricole, Brevet d'Études Professionnelles Agricole et ses vingt huit options, Brevet de Technicien Agricole, Baccalauréat Professionnel Agricole, sans
oublier le Second Degré Agricole et le Brevet de Technicien Supérieur Agricole.
La litanie de ces différents diplômes est sans doute incomplète et je doute encore qu’un technocrate du dit Ministère puisse un jour s’y retrouver lorsqu’il nous « pond » des directives sur les diplômes requis pour l’installation en agriculture.
Non, je vais vous conter ici une mise en application d’une circulaire arrivée dans les établissements agricoles en... 1941, comme quoi les circulaires farfelues ne datent pas d’aujourd’hui !!
Cette histoire m’a été rapportée par un ancien qui était élève à cette époque là. Nous sommes donc pendant l’occupation sous le gouvernement de Vichy. Une
personne bien intentionnée s’est indignée du fait que dans les établissements scolaires agricoles, les vaches... se promènent… la vulve à l’air.
Pensez donc ma bonne dame !!!
Quelle horreur !!!
Intervention auprès du député local, du sénateur et remontée au Ministère de l’Agriculture.
Cette personne devait avoir un certain poids auprès du Ministre de l’Agriculture puisqu’il fut décidé d’ouvrir un concours d’idées pour trouver une solution à ce problème.
A la vérité je pense tout simplement que comme pour les chevaux de fiacre dans les villes qui sont équipés d’un système de récupération de crottin on cherchait une idée pour les bovins. Il faut bien avouer qu’il était souvent bien difficile de traverser une rue en escarpin après le passage d’un troupeau dans nos villes et villages.
Quelques mois passent. Arrivent sur le bureau du Ministre plusieurs idées dont l’une venant sans doute d’un couturier parisien : une culotte à vache.
L’idée parait sans doute séduisante, l’inventeur est convoqué au Ministère pour présenter son projet.
Il s’agit d’une sorte de culotte qui recouvre l’arrière train de l’animal, cachant ainsi les parties génitales. Originalité de cette culotte, elle est ouverte sur l’arrière où est placée une poche amovible interchangeable qui permet de récupérer les déjections .
Le brave ancien qui me conta cette histoire me dessina sur un coin de nappe en papier le modèle ainsi décrit. Je n’eus malheureusement pas l’idée de conserver ce croquis.
Mais revenons à notre histoire. Le projet est séduisant cependant avant de le généraliser dans les écoles d’agriculture il convient de l’expérimenter.Qu’à cela ne tienne on « pond » une circulaire pour faire appel aux candidatures.
Je ne vous dis pas le tollé général que suscita cette circulaire.
Cependant il faut se replacer dans cette époque, nous sommes dans une période assez noire. La France vaincue est occupée. Les distractions sont rares, bals interdits, réunions publiques également, les occasions de s’amuser ne courent pas les rues. Ajoutons à cela que la nourriture est rationnée dans les internats, la venue d’officiels dans une école peut entraîner une amélioration de l’ordinaire ce jour là .
Est-ce cela qui motiva nos élèves, toujours est-il qu’une délégation de terminales se rendit auprès du directeur de l’école pour l’informer qu’ils étaient volontaires pour organiser cette manifestation dans leur école.
Fier de la réaction de ses élèves le directeur, qui était un proche du gouvernement, informa le Ministre que son établissement était prêt à mettre en place cette démonstration.
Félicitations d’usage et une date fut retenue pour le déroulement de cette journée. Les élèves bien sûr s’occupent du troupeau. On lave tous les matins le cul des vaches, on étrille, on brosse, on démêle les queues, bref on bichonne le troupeau. Dans le même temps on s’occupe de l’alimentation, il faut que les vaches soient en état, il en va de la réputation de l’établissement.
A cette époque les animaux sont nourris essentiellement avec du sec, foin de pré ou foin de luzerne et bien sûr un peu de farine de céréales. Afin d’améliorer leur ordinaire nos élèves, qui ont bien assimilé les cours d’hygiène alimentaire, vont durant la nuit, en cachette, récolter un maximum d’herbe verte, herbe qui est stockée à l’abri des regards dans d’anciennes porchères désaffectées.
Le jour de la démonstration arrive. Les élèves sont parqués par classe de part et d’autre de la tribune officielle. Cette dernière installée devant le bâtiment principal se garnit d’officiels :
Monsieur le Ministre arrive avec sa suite ; le directeur est dans ses petits souliers, le cirque peut commencer...
On fait signe au chef de culture, la parade débute sur un commandement tout militaire, chaque élève de terminale arrive menant sa vache à la longe, vache munie bien sur de sa belle culotte.
La parade est parfaite, les animaux sont présentés croupe vers la tribune. Tout le troupeau se tasse, près de soixante bêtes sont alignées.
En dernier arrive l’inventeur, portant sous le bras trois ou quatre changes : les fameuses poches amovibles.
Applaudissements discrets de la tribune
L’inventeur commence son discours de présentation, il n’y a pas de micro bien sur et il doit élever la voix.
On entend alors distinctement une première « loufe ».
Qu’a cela ne tienne, c’est le but de la démonstration, notre homme tout sourire se dirige vers la coupable, une poche de rechange à la main, et se présente pour procéder au remplacement de la couche.
Oh là là ! c’est un peu mou, on s’en met un peu sur les mains !
Prout, prout…, en voilà une autre qui se manifeste à l’autre bout de la file.
Rapidement il se rend auprès de la vache, ouvre la poche souillée, c’est encore plus mou !!
Prout, prout…une autre au centre
Vite il faut aller la changer.
Alors que notre malheureux créateur commence à changer cette dernière, les mains pleines de merde, en voilà une autre et une autre encore.
Il n’y a plus de poches de rechange !
Le mouvement s’accélère, ce sont maintenant toutes les vaches qui se libèrent.. et c’est mou, mou, mou et ça pue .Notre bonhomme est recrépi de bouse de la tête aux pieds.
Dans la tribune officielle on sort les mouchoirs.
Les rires, d’abord discrets, des élèves éclatent et finissent par gagner le corps professoral. En un instant la tribune est pliée de rire, sauf Monsieur le Ministre et le Directeur bien sûr.
Quant aux élèves qui tiennent les vaches, ils sont figés dans un garde à vous des plus sérieux.
Pour la petite histoire ils avaient, depuis trois ou quatre jours supprimé toute alimentation sèche pour la remplacer par le vert légèrement « chauffé » qu’ils avaient stocké. Et ce qu’ils avaient prévu arriva, la mise au vert brusque du troupeau déclencha une diarrhée galopante chez les animaux.
Cette démonstration sonna le glas de la vague de pudibonderie qui avait frappé le Ministère et l’on n’entendit plus jamais parler de culottes pour les vaches. Quant aux coupables de cet acte de Résistance ils furent tous renvoyés dans leur foyer et pour bon nombre d’entre eux ce fut le S.T.O.
On ne comprenait pas la plaisanterie à cette époque, ce qui n’empêcha pas celui qui me le conta de s’étouffer de rire en se le rappelant.
Christian JALADIEU (65 ème promotion)